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dav 06-09-2018 Article

L'intérêt de la gratuité

Pour comprendre comment la gratuité peut devenir un principe de système social, il suffit de connaître ces quatre principes :

  • La gratuité existe déjà
  • La gratuité n'est pas l'anarchie
  • L'anomalie de la non-gratuité
  • La gratuité doit être orchestrée

1. La gratuité existe déjà

La gratuité existe déjà, partout, tout le temps. C'est ce que nous faisons tous les jours, car en réalité tout est gratuit. Pour comprendre cela il suffit de distinguer dans la transaction, d'une part le transfert de marchandise, et d'autre part ce qui justifie ce transfert. Et toute la question qui va nous occuper sera donc de définir cette justification, jusqu'au point de la rendre automatique. Au final ce qu'on cherche avec la gratuité, c'est à faire comme si tout le monde était riche, et à ne pas se soucier des moyens, mais seulement des raisons.

Le troc comme monnaie d'amitié

Le troc est très pratiqué, sans vraiment être aussi radicalement appelé. En fait ce sont des cadeaux que les gens se font, et comme il se doit ces cadeaux sont faits sans attente de contrepartie. Pourtant dans la culture, il devient très vite courant de savoir rendre la pareille, notamment en s'informant des besoins et des désirs qu'on peut satisfaire. Ainsi il apparaît naturel de prêter main forte pour construire une cabane à une personne qui fourni régulièrement des œufs surnuméraires, par exemple. C'est de l'ordre de l'échange de bons procédés, une chose que la dictature devrait s'empresser de criminaliser si elle veut sauver le capitalisme.

Ce qui et notable est que les échanges, pour peut qu'on les appelle comme ça, se font en suivant un vecteur psychoaffectif, lié à l'hospitalité, à l'affiliation ou à la bonne camaraderie. Ce n'est pas un point à négliger dans les systèmes d'échange, car c'est là que réside le phénomène de confiance, qu'on a voulu reléguer à l'argent. En principe, grâce à l'argent tout le monde était sensé devenir amis... (Liberté Egalité Fraternité). Non, la chose la plus notable est que les transferts ont lieu au titre d'une redevabilité qui est l'équivalent d'un contrat tacite signé d'une poignée de mains, et qui se réserve le droit d'être matérialisée à n'importe quel moment, n'importe quand, et de n'importe quelle manière. C'est pour cela que les systèmes de trocs tels qu'ils existent de façon très présente loin des grandes villes sont des vecteurs de lien sociaux, et permettent de souder des communautés.

Le plus important à noter est que lorsque nous sommes "redevables" à quelqu'un, c'est ancré dans une sorte de mémoire inoubliable bien que cela ne soit pas traduit de façon bêtement numéraire. En réalité ce serait un handicap de le faire. Il vaut mieux que les choses restent de l'ordre de l'entendement. De cette manière on peut aussi bien être appelé à fournir un travail supérieur à ce qui est sentimentalement dû, ou on peut au contraire laisser des dettes impayées et s'offrir une réputation, tels ces petits vendeurs de pizzas qui réservent toujours une part gratuite à la vieille du village qui vit sans argent, qui passe le soir avec son vieux sac noir et à qui on rend furtivement le sourire. Parfois il n'y a pas de meilleure rémunération.

La gratuité publique

Un aspect connu de la gratuité est celle de ce qui relève de l'état, qui lui compense les valeurs distribuées par des sommes d'argent collectées sous forme d'impôt. On ne va pas trop s'étendre sur ce fait qui en fin de compte relève du bienfait de la raison qu'on les gens de s'unir en forme de civilisation. Simplement on notera que la communauté des biens représente toujours une économie d'échelle qui est incalculable. Les biens publics, les services publics, l'eau potable, la gestion des déchets, bref tout ce qui relève de la collectivité déleste les citoyens de s'en occuper individuellement en ne leur coûtant presque rien.

A ce titre il es évident que la plus raisonnable des choses à faire dans la situation actuelle qui est presque paroxystique de la civilisation capitaliste, c'est de tout re-nationaliser d'urgence, et de produire des biens et services de première nécessité qui soient parfaitement gratuits. Et j'ajoute qu'il est mieux de faire cela que de verser un revenu de vie, car cela revient à verser une gratuité en nature, et qu'elle coûterait encore bien moins cher à l'ensemble de la communauté. La raison en est que ces biens seraient transférés à prix coûtant sans aucun intermédiaire privé, du producteur au consommateur.

L'argent, c'est le droit

Je veux juste m'étendre une peu pour mettre en évidence le fait que l'argent, n'est qu'un moyen de mettre en œuvre la gratuité. Avoir un pouvoir d'achat consiste à pouvoir donner l'ordre à quelqu'un de vous céder gratuitement le fruit de son travail. Si on a un pouvoir démesuré, alors on a accès à toute les richesses du monde sans aucune contrepartie puisque cela ne nous coûte proportionnellement "rien" par rapport à tout ce qu'on possède déjà, ni sans même contribuer à faire que ces richesses continuent d'abonder ou d'exister. En fait le riche qui dépense ne perd rien et ne fait que transformer l'état de ses actifs. Pour faire cela, il demande aux gens de leur concéder leur production en échange d'un argent qu'ils estimeront fièrement gagné. Mais pour autant c'est à eux de continuer à se débrouiller pour pérenniser leur production, même s'ils doivent souvent d'ailleurs rivaliser avec de puissants pouvoir monétaires, qui appartiennent à ces mêmes "riches". Bref, l'usage de l'argent comme seule condition qui justifie une transaction n'est pas la garantie de la pérennisation de la production. Il ne fait que de convertir les valeurs qu'on possède déjà, et s'arroge la légitimité de justifier leur transfert.

En passant, cela ouvre un chapitre sur le droit, qui sera le quatrième point de compréhension de l'intérêt de la gratuité. Non seulement l'argent il donne le droit d'acquérir tout ce qu'on veut, mais aussi de le brûler, si on en a envie. J'ai coutume de dire que les très riches, comme ils peuvent tout s'acheter, pour eux rien n'a de valeur. C'est ce qui fait, je pense, que les pouvoir oligarchiques n'hésitent pas à plonger des peuples dans la guerre et la famine, ne se souciant que de contempler, comme une pierre qui rebondit sur l'eau, l'impact de leur pouvoir sur le monde.

L'argent, c'est donc le pouvoir, et ce pouvoir, on le sait, peut allègrement surpasser le droit, c'est à dire la législation : on peut acheter la loi, les juges, les ministres, on peut créer des lobbys, on peut inonder internet de contenus pernicieux, on peut s'évader fiscalement, et on peut comme je l'ai dit, ruiner des pays entiers. Le pire dans cette affaire est que ces pratiques sont elles-mêmes génératrices d'argent, et donc de pouvoir. En effet les oligarchies ressentent l'effet de leur propre pouvoir quand ils contemplent une destruction qui, par la vente d'armes aux gouvernements, leur est profitable.

C'est ce en quoi quand je dis "l'argent, c'est le droit". Il faut entendre par là que l'argent s'interpose entre les individus et leurs droits, entre la justice et la loi. C'est une condition nécessaire. On a des droits, comme le droit d'acheter à manger, mais les moyens d'activer ces droits relèvent de l'argent qu'on possède. Au final le droit de se nourrir est conditionné par les moyens de le faire. C'est pourquoi je dis que l'argent s'intercale entre le citoyen et ses droits.

Finalement c'est l'argent, c'est à dire que ce sont les moyens d'agir qui conditionnent le droit, là où on aimerait s'attendre à ce que ce soit le droit qui conditionne les moyens d'agir. Cela ne serait pas le cas si on étais plus rigoureux avec la loi, mais le constat est pourtant là pour en attester, ce n'est pas ce qui se passe. C'est seulement avec les faibles qu'on est rigoureux sur la loi.

Le vecteur des échanges

Pour en revenir au fait que la gratuité est déjà ce qui existe, j'aimerais faire comprendre un principe très simple, qui est celui de la justification des échanges. C'est une idée difficile à exprimer mais simple à comprendre : les échanges n'ont besoin pour se faire que de confiance dans le système d'échanges. Et la gratuité consentie socialement a le moyen d'être un puissant vecteur de confiance. De plus en plus de publications, parfois imprécises et succinctes, véhiculent cette idée selon laquelle "il suffit" que tout soit gratuit.

L'idée principale est que si on donne librement avec la certitude qu'on nous donnera librement, si tout est gratuit, les marchandises circulent tout aussi bien sinon mieux, dans la mesure où les besoins primordiaux sont satisfaits en priorité, et dans la mesure où chacun reste libre de choisir de donner ou de garder.

Ce n'est pas encore un système parfaitement fiable ni suffisamment précis pour combler tous les cas de figure qui existent, mais comparé à l'austérité monétaire c'est, comme l'énergie solaire face au pétrole, une solution qui a de plus en plus de valeur.

Ce dont nous avons besoin c'est de certifier de façon solide, légale et socialement consentie ce qui justifie les transferts de richesses. On sait, du moins on se doute, du moins on n'a aucun mal à se figurer que si la gratuité est rendue conventionnelle, et si les gens sont assez bien informés de ce que font les autres, on évitera les situations d'enrichissement disproportionnés et donc, on obtiendra une meilleure redistribution des richesses, et une meilleure satisfaction des besoins primaires. La calcul est simple, en théorie. Et cette théorie est suffisamment séduisante pour qu'on cherche à lui fournir le minimum de formalités dont elle a besoin.

L'estimation des biens

Si je donne un bien, mettons un bien informatique puisque c'est en cela suis je suis un artisan, il m'a fallu du temps, du savoir faire, une chaise, un ordinateur, un bureau et à manger. Il m'a fallu aussi une éducation, un apprentissage, un savoir-faire, des soins, des transports, de l'électricité, et ainsi de suite. Autant dire que cela a coûté cher. En réalité c'est inestimable. C'est le prix que je donne aux arbres, de même, ils sont inestimables.

Si on se permet d'estimer un travail, c'est uniquement en comparaison avec les autres... même si parfois, ou souvent, il n'y a pas de comparaison possible, hormis en se fiant à des idées préconçues, et généralistes, telles que l'image de marque ou la réputation. C'est très approximatif, mais surtout, cela ne relève pas tant d'une comptabilité que du domaine psychoaffectif. C'est important de se l'avouer, car après tout le capitalisme ne compte que l'estimation mentale de la valeur étalonnée par une situation globale vaguement bien cernée. L'estimation des biens est purement psychologique. Et en même temps, paradoxalement, cette façon d'évaluer la réalité n'est capable d'estimer correctement que ce qui relève du champ matériel, et absolument pas les incidences et conséquences (en amont et en aval du produit) ni encore moins la dimension psychoaffective telle que la beauté d'un paysage ou l'importance de la biodiversité. Le seul moyen pour que ces considérations arrivent aux oreilles des comptables est de lui affecter une valeur monétaire, et dès lors que des dollars s'affichent dans leurs yeux, ils deviennent les meilleurs écologistes du monde.

Pourtant on a besoin de prendre en compte ces considérations de façon tangible, et non de les ignorer, ou de leurrer le système pour essayer de les faire prendre en compte.

Vendre c'est donner

Quand on vend un bien ou un service (ou un bien immatériel ou un immeuble), littéralement, on le donne, en échange de la promesse que quelque chose d'autre nous sera donné, "de valeur équivalente". Ce principe n'est pas valable quand on est enfant ou retraité, dans ce cas la société nous donne tout ce dont on a besoin sans rien attendre en échange. Pour cela il aura fallu construire des artifices qui permettent de faire comme si le système fonctionnait correctement, alors qu'en réalité les actifs qui ont des inactifs à charge n'ont qu'à se priver des salaires qu'ils gagnent.

Donc déjà on sait que dans 50% des cas, c'est grâce à un "arrangement entre gens de bonne compagnie" que le capitalisme tient debout. L'équivalence entre un bien et sa compensation est le plus souvent complètement arbitraire, et finalement inique, surtout avec l'inflation, qui a elle-seule corromps ce sur quoi se fonde le capitalisme, qu'est l'équivalence, l'équité de la valeur. Car il suffit que le temps passe pour que les valeurs acquises dépérissent, là où les biens immatériels acquis, eux, prennent de la valeur.

La fluctuation des valeurs

Cela fait que les compensation en tant que valeur monétaire ne sont valables qu'à un instant t, celui de la transaction, et que dès le lendemain elles ne sont plus valables. Il n'y a à qu'a voir comme un véhicule neuf et aussitôt revendu d'occasion perd immédiatement 20% de sa valeur, au prétexte qu'il n'est pas acheté dans un magasin de néons. Dans ce cadre, la confiance en la valeur monétaire est relativement affaiblie, et on ne dispose plus de la même agilité que dans un système de troc.

Le fait que certaines valeurs montent et d'autres descendent, que l'or soit inusable et que les aliments soient périssables, est une donnée importante, voire capitale du problème (qui consiste à élaborer un système d'échanges).

La marge d'équité

Si on admet que le but ne soit plus d'avoir une rigoureuse équité comptable pour justifier un transfert mais seulement une bonne raison de le faire, cela implique que les acteurs de ces transactions aient une information fiable de l'évolution des valeurs. (/)

La raison comme monnaie

En réalité le plus important dans ce qui justifie une transaction c'est la raison de la faire. Là où l'argent se pose comme raison finale, comme une finalité, il faut au contraire que le transfert en lui-même soit appuyé par une raison. La question que les personne effrayées de vivre sans argent demandent le plus est "mais alors pourquoi je donnerais des biens à n'importe qui ?" C'est cette question que le système social doit résoudre. On peut le résoudre par la pratique, telle qu'elle se ferait au sein d'une société où tout le monde est parfaitement équilibré mentalement, ou bien on peut créer les outils qui justifient les raisons d'agir.

Et cette promesse de contrepartie, qui m'a été faite de pouvoir accéder à n'importe quel bien ou service, qui me sera donné sans discuter et sans s'inquiéter de ce que j'en ferai, c'est à dire inconditionnellement, sera tenue de toutes manières. Ou alors si je n'arrive pas à trouver ce que je cherche, je peux choisir autre chose, ou encore ne rien faire.

Le non-usage de ses droits

C'est intéressant de noter que dans un système où on utilise l'argent, ne rien faire revient à freiner l'économie, tandis que dans un système de gratuité, ne rien faire revient à enrichir l'ensemble du système. En réalité, dans un système de la gratuité, moins on consomme, et plus le système dans son ensemble s'enrichit, et de fait plus les produits qui y sont offerts sont abondants. Il est donc parfaitement envisageable de concevoir un système social qui soit prolifique, en se basant sur le principe de la gratuité.

L'abondance et la rareté

Car il y a un phénomène d'une foudroyante certitude avec la gratuité, c'est qu'il est conjoint avec le phénomène de l'abondance... là où le capitalisme est conjoint avec le phénomène de rareté. C'est ainsi qu'il va rendre rare des biens abondants, autant que privatiser des biens communs tels que la terre, l'eau, les graines, etc... afin d'engendrer la rareté et ainsi faire monter les prix.

Dans le système de la gratuité, si en échange de mon travail j'accède au travail des autres qui me le cèdent en toute confiance, j'aurais à cœur de produire plus que je ne consomme, de sorte à augmenter l'abondance, de sorte à étendre le domaine de la gratuité à des biens jusqu'ici réservés, ou trop rares.

La fiabilité et l'obsolescence

Il faut aussi voir qu'au titre de la gratuité siègent les biens qu'on considère comme dévalués. Ceci est très important car tout l'intérêt de l'obsolescence programmée dans le capitalisme était de ne pas produire de biens gratuits, mais seulement des déchets. Ici, au contraire (encore une fois) dans un système de la gratuité on accordera d'autant plus de valeur aux biens fiables et pensés à long terme, de sorte qu'ils soient disponibles le plus longtemps possible pour le plus de personnes possibles.

La communauté des biens

C'est intéressant comme on soupçonne, en disant cela, toute une psychologie sociale qui consiste à prendre soin des biens communs, là où dans une société capitaliste, dès qu'un bien n'est pas le nôtre, on s'autorise à le casser, le salir, le détériorer sans se soucier d'aucune conséquence. A ce titre, quand je vois des vélos gratuits garés n'importe où dans la rue depuis deux ans, ils sont souvent abimés par les jeunes qui jouent avec, parce que personne n'a reçu d'éducation à la communauté des biens. C'est le système social qui produit cela. Et c'est toute une éducation, qui d'ailleurs est à l'œuvre.

La réciprocité de la gratuité

Ce que cela signifie au final est simple : c'est que si je garantie que je donne à tout le monde tout ce qu'on me demandera, et que cette idée est partagée réciproquement part tout le monde, alors j'accèderai tout aussi gratuitement à tout ce que je voudrais. Cela, c'est juste la base fondamentale de la gratuité, et c'est aussi ce qui est promit par le capitalisme.

Les règles de la réciprocité

Simplement, pour que cela soit vrai en pratique, puisque les biens sont limités et aussi qu'il faille faire en sorte qu'il n'y ait pas d'injustices, il doit un avoir un procédé d'application de la gratuité, un peu plus vaste et perfectionné que l'avis et l'opinion de chacun... mais sans pour autant l'empêcher d'agir. Ce ne peuvent être que des règles que chacun s'applique à lui-même. Ou au mieux, ces décisions peuvent être accompagnées de l'avis d'une intelligence artificielle (mais ça c'est évident).

Mine de rien nous venons d'établir les contraintes du système social qu'on veut, tout simplement, énoncer, sachant qu'il suffit que les gens l'acceptent pour qu'il soit effectif. C'est un cas de figure où, pour changer le monde, il n'y a rien de physique à changer, seulement l'état des connaissances. Ce qui, notamment, est gratuit. Du moins pour l'instant !

2. La gratuité n'est pas l'anarchie

La gratuité n'est pas le désordre et l'anarchie. C'est un résultat qui ne peut être obtenu au contraire que d'une très grande rigueur dans la gestion des richesses. Si on positionne la maximisation de la gratuité comme un but, cela nous force à une gestion des richesses qui soit la plus rationnelle possible. En fait la gratuité est ce qui permet de juger comme "rationnelle" la gestion des richesses.

La gratuité nécessite une gestion rationnelle des richesses

Cela est logique, puisque ceci est le but du système social dans son ensemble, d'où son vrai nom, le système de redistribution des richesses. Et notre problème est que celui qui a été choisi parmi les nombreuses solutions possibles, est un système qui ne redistribue pas du tout correctement les richesses, ni n'offre aucune garantie qu'ils soient employés à bon escient, ou encore que leur production soit pérennisée. En fin de compte le système de l'anarchie, c'est plutôt le capitalisme, puisque d'ailleurs au final, qu'on soit riche ou qu'on soit pauvre, qu'on soit puissant ou insignifiant, relève seulement du hasard (et pas de l'utilité).

Hormis cette démonstration par l'absurde, la gratuité ne peut rationnellement être le fruit que de l'abondance, mais à un point situé en amont de ce résultat idéal, il convient d'édicter des règles globales, puis de plus en plus précises, qui permettent, là on introduit toute une sémantique, de "justifier l'existant".

La justification de l'existant

L'existant, il faut le définir, c'est tout ce qui est produit, ce qui est fait, ainsi que les ressources pour le faire. C'est un notion qui est intriquée, puisque parmi les ressources de l'existant, il y a l'existant lui-même. Ainsi on note qu'il a un pouvoir évolutif qui peut suivre des tendances entropiques ou néguentropiques (des cercles vicieux ou vertueux). Il s'engendre lui-même, et donc nécessite d'être correctement géré. C'est le genre d'idées où on comprend à quel point il est important de savoir s'inspirer le la nature, en observant la complexité et l'harmonie des écosystèmes. On ne peut pas y réchapper, on est obligés de le savoir, et de s'y intéresser.

L'harmonie d'un système

En l'occurrence le terme fort à retenir est celui de l'harmonie. C'est un terme qui sera dans le futur érigé en discipline scientifique, et positionné en tant que but de tout système. Il y aura des outils de mesure de l'harmonie. C'est à la fois le garant des bons fonctionnements, et à la fois un motif qui détermine son évolution. L'harmonie peut se définir comme la compatibilité des éléments au sein d'un système conçu comme un réseau dont tous les nœuds sont conçus pour fonctionner ensemble afin de produire une émergence commune. Une, ou des émergences communes, ou communes à des parties. C'est une notion holistique. La règle générale qui s'en dégage est celle du respect de certaines lois qui sont d'ordre éthique. Pour cela, la nature est bien faite, ce n'est pas trop difficile à comprendre. On note simplement qu'on se retrouve en position de devoir placer l'éthique comme un fondamental utilitaire du bon fonctionnement d'un système social. C'est amusant, ça s'appelle "la morale de l'histoire".

L'émergence du système

En se demandant quelle est l'émergence du l'ensemble des activités humaines. Dans la société capitaliste, on voit que la société dans son ensemble n'a pas véritablement de buts. Seuls les puissants veulent s'enrichir et avoir plus de pouvoir, c'est le seul but objectif du système. Il a aussi des buts inavoués, et des buts involontaires. Les pires ne sont pas ceux qu'on croit. Les buts inavoués sont, quand même, d'avoir produit une civilisation qui soit technologiquement très avancée (plus que socialement ce qui constitue un danger pour elle-même), tandis que les buts involontaires sont, ce que je nomme le résultat de la société capitaliste, la pollution et la destruction de l'environnement. En effet tout ce qui est produit est destiné en dernière instance à devenir des poubelles. De là, on se dit que ce serait bien de le prendre en compte parmi ce qui est produit objectivement. Si on ne voulait pas produire cela, on changerait le système, mais on ne le fait pas, enfin pas encore, enfin jusqu'au jour où on sera contraints de le faire.

Les buts du système social doivent (au contraire) être clairement énoncés, et objectivement poursuivis. Il est clair que notre but à tous est la justice, la paix, et la pérennité. On doit aussi placer comme buts sociaux les termes plus spirituels, tels que la connaissance, la liberté, et l'épanouissement. En bref, si on y regarde de plus près, ce sont les droits de l'homme, tels qu'ils existent déjà. On se rend compte que les droits de l'homme sont assez exactement les conséquences qui démontrent qu'une civilisation est en bonne santé, si tant est que chacun des articles qui y figurent soient constatables, comme étant des banalités. Notre but est donc que les droits de l'homme soient banaux.

3. L'anomalie de la non-gratuité

Pour comprendre la gratuité il faut observer la non-gratuité. Parfois on voit sur des produits où est marqué "10% gratuits", mais c'est de l'arnaque ! Le terme de ce qui est gratuit, dans une société de l'argent où tout s'achète, désigne seulement des objets qui échappent au système. A son tour il essaiera de mettre la main dessus pour ce ce ne soit plus "gratuit". Il en va ainsi de tout ce qui est abondant et naturel, au point d'en faire des raretés. Le gratuit, c'est comme le Bio : c'est comme ça que tout voudrait être ! C'est parce qu'on a enlevé des propriétés vitales à des objets que le système social peut ensuite se vanter d'offrir des biens sur lesquels il n'a pas opéré... qui en somme sont gratuits. C'est comme de frapper quelqu'un et de lui offrir l'absence de baffes. Forcément il accepte et se sent très honoré de ce privilège. Mais c'est de l'arnaque ! C'est plutôt la non-gratuité qui devrait être considérée comme une anomalie, puisque l'accès aux biens est conditionné par le fait qu'il faille reverser de royalties à des personnes aussi fantomatiques que nombreuses et gourmandes.

Les moyens d'acquisition

Même la bonté humaine finit par se retrouver conditionnée par des facteurs inexplicables. La gratuité c'est l'absence de condition d'accès au bien. On peut quand même poser des conditions élémentaires, qui sont de ne pas abimer les objets, de prendre soin des richesses, d'utiliser consciencieusement les ressources, ou de ne pas gaspiller. De même, concernant les biens immeubles tels que les surfaces, les aires, les volumes, ou les machines onéreuses, on peut aussi conditionner cet accès uniquement en terme d'usufruit, c'est à dire avec la certitude qu'il retournera à un autre utilisateur quand il ne sera plus utilisé, ou qu'il sera mieux utilisé ailleurs. Toutes ces conditions, si elles sont acceptées, sont suffisantes pour produire de la gratuité.

Donc la gratuité ce n'est pas non plus de dire que tout est permit, au contraire c'est le résultat d'une somme de petites règles qui relèvent du bon sens. Ainsi quand un objet est gratuit, comme si c'est un cadeau, on aime et on prend soin de ce cadeau. Là encore, comment ne pas faire un crochet sur la mentalité capitaliste qui considère que tant qu'on en a les moyens, on n'a pas besoin de respecter de telles règles de bon sens. Au point qu'on finisse par dire "le client est roi", ce qui veut bien dire qu'il a tous les droits, même les plus immoraux. Dans un système de la gratuité, il n'y a pas de roi, il n'y a que le consentement collectif qui fait système. C'est comme l'argent finalement, sauf qu'à la place on s'impose des règles de bien-vivre-ensemble.

Le prix de la tomate

Dans le système capitaliste, la gratuité est l'exception, mais en réalité ce qui est gratuit devrait être considéré comme ce qui est le plus normal. Pour s'en convaincre, la tomate pousse "gratuitement", elle n'a besoin que de terre, d'eau et de soleil, ce qui est gratuit, puisque c'est la nature. Le fait qu'elle soit plantée, cueillie et transportée, c'est tout le cheminement qui conduit à ajouter de la plus-value à un produit à l'origine gratuit. Au final quand on achète une tomate, on achète tout ce qu'il y a autour de la tomate, mais le fruit en lui-même est parfaitement gratuit. Dès lors on aimerait bien en savoir un peu plus sur tout cet environnement qui donne naissance à la tomate. Cette information n'est jamais divulguée à propos d'aucun produit. Or c'est quand même la plus importante. Car à partir de cela on peut juger de ce à quoi on contribue en achetant cette tomate... ou même s'il s'agit de l'accepter gratuitement. Cela peut être un cadeau empoisonné !

L'inutile dans le prix

Toute la question du système économique repose sur le fait qu'une grande part des biens existants nécessite l'usage de machines, de locaux, de ressources naturelles qui sont très onéreuses et qui ne peuvent être utilisée qu'en empruntant auprès d'investisseurs. C'est à dire ceux-là mêmes qui possèdent ces richesses. C'est très vicieux comme système.

La gratuité ou du moins la quasi-gratuité de l'ensemble des biens que nous achetons quotidiennement pourrait facilement être garantie par la réappropriation publique des moyens de production. Leur affectation (et leur utilisation) devrait être décidée socialement, sans aucune contrepartie, ou du moins selon un circuit de valeur qui soit indépendant de la valeur des biens, étant donné que cette gestion relève du collectif et du décisionnel.

Donc déjà avant d'en arriver au phénomène de gratuité on frôle du doigt une étape de la minimisation des prix, qui peut être obtenue par la collectivisation des moyens de production, et part (on le verra ensuite) des chaînes de production qui se font sans but lucratif. Le calcul est simple, si on retire du prix du pot de yaourt ou du t-shirt les investisseurs, les bénéfices, et les impôts, il ne coûtent plus que quelques centimes. Ce prix à son tour peut très bien être supporté par la collectivité dans la plupart des cas, du moins pour ce qui relève des biens et services de première nécessité.

Nationalisation à outrance

Ainsi quand un bien est payant, il n'est qu'un symbole d'une grande somme d'actions qui ont été commises pour lui permettre d'exister. C'est pourquoi l'idée de départ d'un système social alternatif a été, pour moi, de fédérer directement tous les salaires au niveau global, et de ne laisser aux transactions que les soucis matériels. Ainsi, mine de rien, exit les banques, les assurances, la comptabilité des entreprises, les impôts, bref tout ce qui concerne les chiffres en terme général, qui doivent absolument être administrés robotiquement par le système social lui-même. Imaginez juste ce que dégage comme liberté de faire que le système social s'occupe lui-même de toute la comptabilité.

Déjà, avec cela, on a fait un grand bond en avant, en libérant au moins 50% de l'énergie humaine, consacrée chaque jour à des tâches qui peuvent être robotisées. Mais surtout on a commit un pas en avant d'une redoutable fulgurance, qui consiste à nationaliser partiellement l'ensemble des activités professionnelles. Non pas qu'elles dépendent de l'état, elles restent libres, mais l'usage des humains en tant que ressource dépend des lois. Et de fait, c'est l'état lui-même, ou l'organisation coordinatrice à l'échelle locale, c'est à dire la coopérative, qui administre les droits de chacun. En somme, dès qu'on parle de système de la gratuité, d'office il est question de socialiser les moyens de production, et pour ce faire, d'émettre des droits d'accès aux biens.

La recherche du rendement

Ceci est très important car encore une fois, dans un système de la gratuité, l'intérêt général est que les choses coûtent le moins cher possible, à l'ensemble de la collectivité. Son principal axe de développement sera toujours tourné vers l'optimisation des richesses et du temps de travail de chacun, vers ce qu'on nomme déjà aujourd'hui le rendement, mais en lui donnant une acception bien plus intéressante sur le plan sociétal.

Plus grand sera le rendement du système social, en mettant en rapport (comme dans un simple division) le temps de travail et les richesses produites, et plus le champ de l'abondance sera étendu. Deuxièmement, c'est intéressant de le noter, plus le système social sera efficace, et plus il tendra vers le phénomène d'harmonie, qui disons-le carrément, est la plus grande source de richesse possible. Cette harmonie, ce fait quel le système social fonctionne "bien", n'est rien d'autre que la base qui permet l'évolution.

Assumer l'élémentaire

Car au final tout ce qu'on veut en résolvant le problème du choix du système social, c'est résoudre les questions qui sont de l'ordre de ce qui peut maintenir la vie telle qu'elle existe, sans autre considérations. Une fois ceci achevé, il restera aux humains de pouvoir s'intéresser aux questions qui leurs tiennent vraiment à cœur. L'analogie que j'utilise souvent pour décrire un système social, c'est comme l'entretien d'un immeuble, il ne cesse de se dégrader, et ça consiste à lutter contre cette entropie. Si on veut l'embellir, il faut produire une énergie supplémentaire. Il y a donc une quantité d'énergie minimale qui doit être dépensée pour ne serait-ce que maintenir le système en place.

Ce qui se passe avec la capitalisme actuel est que l'énergie maximale dont l'ensemble des humains sont capable arrive à peine à maintenir l'entropie du système. Alors que normalement un vrai bon système social a pour vocation de résoudre ces problèmes mineurs afin que la vie quotidienne des citoyens du monde, soit être consacrée à autre chose, de plus, que celle qui consiste à subsister au jour-le jour.

La non-gratuité est une complication

Enfin, pour en finir avec le terme de la non-gratuité, il faut juste observer ce qu'elle signifie : c'est quand un élément s'interpose, de façon conditionnelle, à l'accès d'un bien. Ce qui est drôle dans le capitalisme, c'est que ce qui s'interpose, c'est le commerçant. Il choisit, transporte et vend sa marchandise, et de ce fait, une part du prix de ses ventes lui revient en tant que bénéfices. Il inclue dans ces bénéfices ce qui permet son roulement quotidien, incluant les salaires et les imprévus, et s'il le peut il s'amuse même à extraire des bénéfices surnuméraires qui peuvent servir à son expansion, ou à s'acheter une piscine.

C'est donc une personne réelle, et une entreprise entière, qui s'interpose comme condition qui permet l'acquisition d'un bien. Il fait cela en résonance avec le principe selon lequel le prix, lui-même, sert à filtrer ceux qui accèdent à un bien et ceux qui n'y accèdent pas. La raison du transfert de marchandise est relégué au prix et à l'argent détenu par l'acheteur. Peu importe qu'il ait faim ou qu'il ait de mauvaises intentions. C'est à dire que le transfert de marchandise ne peut avoir lieu que si chacune de ces conditions sont remplies, à savoir qu'on en a les moyens, puis que le marchand y gagne assez, puis enfin que le bien ait bien voulu être rendu disponible. Ce n'est pas comme de cueillir une pomme dans un pommier.

Mettre le travail et les biens sur deux échelles de mesure distinctes

Pour moi, qui lit ceci comme un réseau fonctionnel, je n'y vois qu'une déperdition d'énergie. Car si enfin tous les biens étaient revendus à prix coûtant, ils ne coûteraient rien, pour peu qu'on aurait dissocié le coût du travail, puisqu'au final tout l'existant, n'est que le produit du temps de travail de chacun. Ceci fait que la gratuité n'est au final que le fait de savoir gérer socialement les ressources humaines. Pour le dire clairement, d'avoir l'assurance que chacun travaille à bon escient... et qu'il soit payé équitablement.

C'est à dire que, comme nous l'avons vu plus tôt il était question de placer les ressources, investissements et moyens de production sur un circuit de justification indépendant du circuit des marchandises, ce qui est justifié par le fait que ces décisions doivent être prises socialement, dans une seconde instance il est question de placer le travail, l'énergie humaine, bref le temps consacré sur encore un autre circuit de justification. Pour nous cela a la précieuse utilité de pouvoir évaluer le travail de chacun, et en somme l'effort que chacun consent à faire tourner le système. Cette question relève d'une forme de justice sociale qui est produite par la société elle-même.

En somme ce que les gens veulent, c'est savoir si un inconnu auquel ils transfèrent des biens a fait sa part, et en somme, s'il a un droit légitime de se porter acquéreur d'un nouveau paquebot. (Il est clair que pour justifier qu'une personne aie le droit de s'offrir un paquebot, il faudra qu'elle ait inventé une source d'énergie gratuite ou qu'elle ait au moins sauvé le monde deux fois à la Bruce Willis.)

L'avantage pour nous de créer un circuit de justification relatif uniquement au travail est de pouvoir l'étudier précisément, et notamment, le plus fondamental, de rendre compatibles et comparables toutes les sortes de travaux possibles. A ce titre il paraît impossible qu'un patron puisse justifier de valoir le travail de l'ensemble de tous ses employés à lui tout seul. Ce qui comptera dans cette forme de certification de la valeur du travail, c'est uniquement le rapport entre le temps et la compétence requise, et probablement la compétence constatée. Au final, ce qu'on fait et ce qu'on veut faire, c'est d'uniformiser les salaires et le des mettre sur une grille de comparaison. (On va revenir ensuite sur la justification des droits).

L'orchestration de la gratuité

En faisant cela on a deux réseaux de valeurs, celui des biens et celui du travail. Le réseau où circulent les valeurs dues au travail donne lieu à des droits d'accès à des biens, de façon surnuméraire, mais limitée par la disponibilité des biens par rapport à la demande. Et là encore on va devoir faire une distinction salvatrice, puisqu'on ne parlera plus tant de "demande" que de "besoins". En effet il sera question de distinguer les biens dont l'accès est inconditionnel des biens dont l'accès est conditionné par un certain nombre de facteurs, tels que les droits, la disponibilité, et enfin le plus important dans certains cas, l'usage réservé à ces biens.

Il est clair que ce qu'on veut, ce que tous les producteurs de biens veulent, c'est que leurs produits soient utilisés du mieux possible, et qu'ils rendent le plus de services possibles. Et qu'on ne les donne pas à "n'importe qui" (sans vouloir entrer dans le jeu des discriminations).

L'optimisation de l'existant

Ce qu'on veut avec un système de la gratuité c'est de s'épargner le maximum d'intermédiaires et de freins à l'accès aux biens. C'est pourquoi, quand on voit la recrudescence des systèmes qui permettent d'aller directement du producteur au consommateur, comme dans les AMAP, on sent bien que tout un système social est en train de naître. Le meilleur intérêt de tous, c'est d'économiser les ressources, et d'être efficaces. Et à ce titre, ceci est un peu contradictoire avec le besoin qu'a le capitalisme d'intercaler de plus en plus d'intermédiaires et d'intervenants entre un bien et son consommateur afin de générer "de la valeur". Quand on voit les systèmes financiers, ce ne sont que des chaînes de profiteurs liés les uns aux autres. Au final, ce sont les états qui payent, et donc les gens avec leurs impôts qui sont obligatoires. Mais quand tout sera gratuit, on ne paiera plus d'impôts, tout simplement ! Et le système du profit s'effondrera, au profit de celui de la gratuité.

Du court-terme au long-terme

Il y a là un tour de magie sur lequel je veux insister, c'est que l'accumulation des petits profits constitue une perte de profit à l'échelle collective. Le but du système de la gratuité est précisément de rendre au collectif le profit de son travail, et ce faisant, sans le faire exprès, uniquement en poursuivant la logique de mise en œuvre du système de la gratuité, il se produit que les profits se retrouvent redistribués à long terme et à grande échelle. et c'est bien cela le but de la manœuvre, qui consiste à penser tout un système social. Ce que nous voulons obtenir objectivement, c'est que l'humanité dans son aspect évolutif soit le bénéficiaire de son système social. Littéralement, en détruisant les profits privés à court terme on s'alloue des profits publics à long terme.

4. Comment "orchestrer" de la gratuité ?

Dans une première approximation, cette question peut susciter une remarque : Pourquoi orchestrer la gratuité ? Ne peut-elle être un fait naturel, issu de l'addition des choix collectifs, pourvu qu'ils soient éclairés ?

Eh bien d'abord, dans une transaction, seuls deux acteurs sont en discussion, et leur discussion est privée, si bien que personne n'a le droit d'influencer les choix individuels et libres. Pourtant en réalité ce n'est pas cela qui se passe, c'est le contexte, le système social, la culture, les besoins et leur urgence, qui conditionnent ces transactions. On peut aller jusqu'à dire que les transactions inter-personnelles n'ont ni la vocation, ni même le devoir de s'intéresser au bien commun. Ceci pour la simple raison qu'elles n'en ont tout simplement pas la capacité. C'est pourquoi, dans la construction du système social qui conduit au phénomène de maximisation de la gratuité, il est très vite question de chercher à vouloir l'orchestrer, c'est à dire en termes simples "Cela, tu y as droit, et cela, tu n'y as pas droit".

L'algorithme entre le court-terme et le long terme

La gratuité n'est rien d'autre qu'un droit d'accès aux ressources. Et dès lors ce droit doit être formalisé en tant que tel dans la loi. Ainsi, ce qui justifie l'acquisition et le transfert de biens, ce ne sera plus l'argent qui, aveuglément, accorde des droits iniques, qu'on peut acheter, mais directement le droit lui-même. Ainsi on aura UN droit, c'est à dire une législation, dont découleront DES droits, c'est à dire des moyens d'acquisition. En mettant un pluriel au mot "Droit", mine de rien, on réalise l'exploit qui consiste à mettre en œuvre un algorithme qui permet d'appliquer des principes généraux à des cas de figures particuliers. Et ceci est très important.

Ce travail en lui-même est une très grande part de l'effort, intellectuel et en terme d'innovation, qui doit être consenti pour aboutir à un système social qui soit garant, et qui assume l'égalité et la justice. C'est un énorme chapitre. Notez qu'on aurait cru en première approximation que ce problème serait vite résolu, mais c'est lui qui va nécessiter la prise en compte de tous les cas de figures possibles et imaginables, de toutes les luttes pour la justice sociale et pour, ce que je nomme, la rationalisation de l'existant.

La définition de la valeur

En passant, cette rationalisation à son tour nécessite d'innover de nouveaux outils de mesure de la valeur, qui prennent en compte l'ensemble des paramètres, que j'appelle des critères, qui sont constitutifs de la valeur. C'est ainsi qu'on peut aller jusqu'à intégrer cette innovation intrigante qu'on nomme "l'indice du bonheur", parmi les critères de la valeur. En terme général cela consistera à intégrer des critères qui appartiennent tant à l'échelle individuelle qu'à l'échelle collective, et à les juguler ensemble.

C'est pourquoi il est évidemment impossible de résoudre cette question d'ordre scientifique autrement que via un algorithme puissant capable d'avoir une conscience complète de l'ensemble des besoins et de l'ensemble des biens disponibles à un instant "t", avant de décider de la valeur d'un bien. C'est ainsi qu'on produira le phénomène d'abondance, quand des biens seront surnuméraires par rapport aux besoins (ils n'auront qu'à être stockés et leur production ralentie).

Les droits d'acquisition

Pour résoudre le problème de l'activité (ou de l'inactivité) en mesure des droits fondamentaux, le plus simple et après mûre réflexion a été d'instaurer un portefeuille de droits qui fonctionne sur le long terme, et qui dépende des biens existants. En théorie chacun a une quote-part proportionnelle à l'ensemble des richesses, et cette quote-part est modulée selon un axe qui cumule l'ensemble des devoirs accomplis tout au long de sa vie, que ce soient les études, le travail, ou les inventions. Si tout le monde est super-intelligent ou si tout le monde est très bête, leur quote-part reste la même. S'il y a des dénivellations importantes, les quote-parts ne peuvent pas varier au-delà de ce qui permet l'attribution des biens de première nécessité.

Le fait que le portefeuille de droits soit flexible et ajusté automatiquement en fonction de l'état des produits en circulation, permet d'imaginer facilement tous les systèmes informatiques qui permettront cette gestion. La raison pour laquelle les droits ne sont pas dépendants du fait de travailler ou d'être au chômage, relève de ce que je nomme la souplesse structurelle de l'industrie, qui est administrée collectivement, et qui doit rester libre d'être activée et désactivée selon les décisions politiques. Ainsi faire cesser des industries jugées non souhaitables ne causera aucun dommage aux travailleurs, qui continueront à garder leurs niveaux de droits parfaitement intacts, à ceci près qu'ils n'évolueront plus, pour le peu qu'ils évoluent avec le temps quand tout va bien.

L'infrastructure de l'existant

Pour finir cet exposé condensé, il y a un point d'achoppement logique qui est indispensable à tout système social, qui est celui de la rationalisation de la réalité. C'est à dire qu'on va donner des estimations mentales aux choses. Tout ce qui existe, ne sera que le fruit d'estimations. Et ces estimations ont intérêt à se faire collectivement, et publiquement, clairement et officiellement. Cela explique clairement en quoi les richesses doivent être socialisées. C'est parce qu'il faut discuter de leur usage, et voter des décisions.

D'autre part le second volet de la rationalisation de l'existant va consister à faire ce que l'argent a pu faire de façon magique et immédiate, c'est à dire transformer la réalité en chiffres. C'est cela le terme de la valeur, et uniquement cela. Dans mon livre j'ai proposé des solutions pour cela au titre de l'infrastructure systémique qui consiste en une chaîne de blocs (blockchain) de clusters (de grappes) qui contiennent la description de tous les biens existants, sachant qu'ils peuvent se greffer les uns aux autres.

Les biens continuent d'être estimés de façon psychologique en fonction de combinaisons complexes de critères plus ou moins formellement établis, mais on se sera débarrassés des questions relatives à sa production et au temps de travail que ça aura nécessité, puisqu'il est traduit sur le circuit des droits d'acquisition individuels. Ainsi il ne reste plus qu'à transférer les biens sans se soucier d'autre chose que du droit d'acquisition individuel, que chacun administre de façon responsable.

Au final le système social n'interviendra qu'au moment de la transaction en disant "oui" ou "non", sans autre considération puisqu'elles sont déjà toutes prises en compte. Son rôle consistera à seulement déconseiller un transfert dans des cas précis, que cela soit justifié par la gestion sociale des richesses, ou par la quote-part des richesses disponibles et leur priorisation.

Il est évident qu'un tel système, tout ce qu'on attend de lui, c'est qu'il veille à ce que les échanges puissent se faire le plus possible dans l'optique de la maximisation de la satisfaction des besoins de chacun.

Synthèse

En résumé, oui un système de la gratuité est possible, mais ce n'est qu'un nom qu'on donne à une gestion rationnelle des richesses. Simplement ce système aura placé comme un but de produire des biens surabondants et dévalués, en quantité suffisante pour satisfaire tous les besoins, aussi bien ceux qui relève de la simple survie, de la santé, l'éducation, l'écologie, mais aussi ceux qui relèvent de l'évolution technologique et scientifique, dont la civilisation ne cesse jamais de tirer les leçons, et de s'enrichir.

Le plus important à savoir est que la viabilité de la gratuité tient à la qualité de l'information sur les besoins et les produits en circulation, et que cette information soit disponible pour tout le monde. Même dans un système économique capitaliste c'est le cas. Mais justement l'apparition des outils permettant cela rend possible de généraliser la gratuité et de tirer tous les bénéfices de relations sociales basées sur le droit. En conclusion le système de la gratuité est l'aboutissement d'un perfectionnement social et technologique.

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